Interview Dreamcatcher – « Un lien existe entre toutes ces chansons, c’est le sang. »

Rencontre avec Chris et Geoff respectivement chanteur et guitariste du groupe Dreamcatcher dont le 2e opus «Blood on the snow » sort aujourd’hui, le vendredi 13 octobre.

Pouvez vous présenter le groupe aux lecteurs de Vacarm ?

Chris : En 2001, avec un ami guitariste, je décide de créer Dreamcatcher pour y mettre la somme de toutes nos influences, de tout ce qu’on a envie de faire, pour avoir notre groupe à nous, notre projet, quelque chose qui nous correspond réellement, après avoir eu des expériences diverses et variées dans d’autres groupes qui avaient plus ou moins abouti. Depuis l’âge de 17 ans et j’en ai 53 aujourd’hui j’ai toujours été dans ce milieu musical, dans le metal, et je n’ai jamais arrêté. C’est un mode de vie, j’ai toujours soit fait de la musique, soit organisé des concerts, soit même, à une période, écrit dans la presse musicale. Donc, en 2001, on monte ce truc là sans trop savoir où on allait, peut-être avec une idée d’un projet studio. On créait des morceaux, on allait les enregistrer en studio et comme on n’était que deux, on composait au départ à la boîte à rythme et ensuite, une fois que tout était composé, on demandait l’aide d’autres amis musiciens pour la basse, la guitare solo, la batterie. Tout ça nous amène jusqu’en 2006. Cette année là, on fait le tri dans toutes nos compositions et on en met 4 sur un EP. L’envie de faire de la scène nous démange. On recrute donc des musiciens et on commence une série de concerts avec les morceaux du premier album qui était déjà quasiment composé. En 2007, après quelques dates en France et même une date à l’étranger au Ruskin Arms (qui a connu les débuts d’Iron Maiden), pour diverses raisons, ce n’était peut-être pas la bonne alchimie, les musiciens avec lesquels je joue décident d’arrêter. Mais moi j’ai ça chevillé au corps, c’est mon projet, je ne veux pas lâcher l’affaire, il y avait une idée d’enregistrer un album. Je fais appel à des copains qui ont tous pour dénominateur commun d’être le leader de leur groupe donc des personnalités fortes. Comme Geoff qui avait un projet à ce moment là.

Geoff, tu as renoncé à ce projet pour rejoindre Dreamcatcher ?

Geoff : non, ce projet s’est arrêté parce que je faisais ça avec des copains de mes études et la moitié du groupe est partie à l’étranger à la fin de ses études. C’était le bon moment pour composer le line-up de Dreamcatcher. On décide d’aller au bout du projet et de faire cet album.

Chris : on avait un autre guitariste Denver, qui, depuis, est parti en province. Il avait son propre groupe dont il était le leader, et notre batteur c’était Spidos, le batteur de Trashback et de Evil one qui joue maintenant dans Bomber Head. Outre cette idée de faire un album, il y avait un projet d’organisation d’un concert pour collecter des fonds pour la sclérose en plaques et pour Clive Burr. Notre objectif était de remonter ce line up pour participer à ce concert caricatif après lequel, en dehors du batteur qui avait trop d’obligations avec son groupe, les autres ont décidé de continuer. Pour la petite histoire, je suis allé à Londres à l’époque, j’ai rencontré Clive et j’étais heureux de pouvoir lui donner les fonds collectés. Suite à ce concert, on se retrouve à 4, les deux guitaristes, le bassiste et moi. On trouve un batteur et on a commencé à travailler à la réadaptation de ce qui avait été fait pour la démo.

Geoff : on a réadapté toutes les parties guitare, chacun a ramené sa « patte » pour créer une nouvelle essence sur Dreamcatcher avec ce nouveau line up et ça nous a amenés à la sortie du premier album, auto-produit.

Chris : l’album sort, pendant un an on fait des concerts, de la promo et on se retrouve devant une page blanche parce qu’on n’a plus rien, plus une seule compo en réserve et surtout, on n’a jamais composé ensemble.

Geoff : fallait-il repartir sur des idées que Chris avait encore en « catalogue » ou faire une synergie de groupe et bosser tous ensemble ? On a plutôt choisi cette option là.

Chris : et c’est un peu plus compliqué puisqu’il faut intégrer les influences de tout le monde et elles sont très larges.

Geoff : Chris est axé sur le heavy, moi je suis plus sur la partie trash ou death, Nico le batteur est plus prog avec des influences comme Meshuggah ou Dream theater, notre guitariste actuel est un grand fan de Pantera, Vincent notre bassiste est aussi le bassiste de Wormfood avec des influences doom mais il a aussi à côté de ça un projet blues. Il fallait arriver à composer avec les influences de chacun, faire des compromis et ça a fait un beau patchwork. On est vraiment dans le respect de chacun, c’est la musique qui importe avant tout.

Chris : l’idée c’est d’être au service de la musique, au service du morceau.

Combien de temps vous a t il fallu pour composer les 8 titres de l’album ?

Geoff : plusieurs années.

Chris : dans le processus d’enregistrement il y a eu vraiment deux étapes puisqu’on a quasiment tout maquetté.

Geoff : on a enregistré deux fois l’album. Une première mouture avec ce qu’on imaginait vouloir comme rendu final, on n’a pas été satisfaits de la cohérence de l’ensemble et on a tout réenregistré une deuxième fois avec toutes les réflexions qu’on s’était faites après écoute.

Humainement et musicalement, on voit qu’il y a eu une énorme évolution entre le premier et le deuxième album. Sans renier le premier pour autant ?

Geoff : Pas du tout. On a essayé de garder une certaine continuité avec l’album précédent. Le problème a été vraiment de garder cet esprit du groupe. Etant donné que le line-up avait entièrement changé et que les morceaux étaient composés par ce nouveau line-up, il fallait arriver à garder une cohérence et à ne pas faire un autre groupe et ça a été compliqué.

Chris : il y a toujours un respect de ces compos, on les joue toujours sur scène, on en est fiers. L’ouverture du dernier concert qu’on a fait en première partie de Blaze Bayley s’est faite sur « The Soul Can’t Rest » qui est parmi les premiers morceaux écrits en 2001 ou 2002, un morceau qui nous correspond toujours même si on va peut-être le mettre un peu de côté parce qu’on a maintenant un nouvel album à défendre. On n’est pas arrivés complètement vierges sur l’enregistrement de cet album, on avait testé certains morceaux en concert et on a intégré des choses petit à petit.

Geoff : ça nous a permis de corriger le tir sur certains morceaux. On a retravaillé les choses qui marchaient moins bien sur l’album.

Vous avez un titre préféré sur le dernier album ?

Geoff : moi c’est le morceau éponyme « Dreamcatcher » qui me parle le plus. C’est celui sur lequel j’ai été le plus impliqué dans la composition. Pourtant, moi qui aime bien la technique en terme de guitare, il est peut-être le plus simple à jouer mais c’est aussi celui qui a le plus d’ambiance.

Chris : Je suis très attaché à la signification des choses donc les textes sont importants. Il y a beaucoup de moi, beaucoup de mes passions, de mes influences dans cet album. C’est difficile de sortir un morceau mais je suis très content de tous ceux qui touchent aux amérindiens et aussi super heureux de ceux aux thèmes plus horrifiques. Deux des titres me plaisent bien en ce moment « Blood on the Snow » parce qu’il aborde un thème vraiment historique et « The Werewolf » parce qu’il y a une narration, le texte colle vraiment à la musique et à la manière dont elle progresse.

Geoff : c’est un morceau intéressant justement en terme de composition parce que le texte et la musique n’ont pas été écrits en même temps et quand on a regroupé les deux ça s’est très bien marié. Il y a eu assez peu de réarrangements nécessaires pour que ça matche. J’étais parti sur une approche musicale progressive et c’est exactement ce que retranscrit l’histoire. Le personnage suit toute une évolution. On a eu beaucoup de mariages heureux comme ça en terme de composition.

Les thèmes c’est toi Chris qui les choisis ?

Chris : oui mais je compose pour Dreamcatcher, j’écris en fonction de ce qu’est le groupe et de ce qu’on veut créer et dire mais j’écris aussi en fonction de ce que je sais que les autres vont apporter. Je sais que Geoff a dans sa façon de jouer et d’écrire un côté mélodique, Djo aussi mais y a un côté très sombre dans ta manière d’écrire et ça a une influence sur les textes. Ce n’est pas un concept album mais il y a un dénominateur commun et deux thèmes récurrents. Trois morceaux parlent des amérindiens, le groupe ne s’appelle pas Dreamcatcher par hasard. J’ai une réelle passion pour la culture amérindienne et énormément de respect pour ça. C’est lourd d’écrire un morceau qui parle des amérindiens en y mettant à la fois toute ta passion mais aussi beaucoup de respect. Un jour, quand il a fallu écrire des morceaux pour ce nouvel album je me suis dit que j’étais une sorte d’imposteur parce que mon groupe s’appelait dreamcatcher et je n’avais pas été foutu d’avoir le courage d’écrire un jour un morceau sur cette passion. Le premier morceau qui est donc venu avec un sujet effectivement très lourd c’est « Blood in the Snow » qui parle du massacre de Wounded Knee et ça a été libérateur puisque ça m’a permis ensuite de pouvoir écrire d’autres morceaux sur les amérindiens comme « Dreamcatcher » qui en plus touche beaucoup Geoff alors que comme il le dit c’est un morceau très progressif, très simple dans son écriture musicale mais où tout est affaire de petits détails. En plus, on parle de cette culture amérindienne mais en touchant tout le spectre. Il y aussi « Mother Earth » qui est plus en contact avec la réalité puisque quand je l’ai écrit je ne voulais pas être aussi prophétique mais aujourd’hui il y a tous ces problèmes de réchauffement climatique et tout ce qui arrive avec les ouragans. L’autre thème récurrent est aussi une passion mais qui parle aussi à mes amis, le thème horrifique et plus précisément les films d’épouvante de la Hammer des années 50. Toujours lié à ça il y a un troisième morceau qui parle de la série « Supernatural », une série américaine qui existe depuis de nombreuses années au sujet de deux frères, les frères Winchester, qui sont des chasseurs de monstres. Sans être un concept album, malgré tout, un lien existe entre toutes ces chansons, c’est le sang. Et on n’est pas dans du cliché. Ce n’est pas pour rien qu’on apporte autant de détails dans la composition de la musique et autant de soins dans l’écriture des textes. Sur la pochette de l’album, effectivement c’est Dreamcatcher, il est là, dans la neige, y a une petite goutte de sang mais on n’est pas dans du cliché horrifique. Alors évidemment on retourne la pochette et là … mais on rigole pas là. En fait « Blood on the snow » parle du massacre de Wounded Knee c’est des vraies personnes qui sont mortes.

Tu aimerais que les amérindiens sachent que tu as composé des morceaux pour eux ?

Oui. Je suis allé au Canada dans les réserves, je ne suis jamais allé en Amérique du Nord. J’aimerais bien aller dans le Dakota du Nord mais c’est des endroits assez difficiles d’accès, les amérindiens et notamment les sioux Lakotas sont très sollicités et ont souvent été arnaqués et il y a une vraie méfiance encore aujourd’hui envers l’homme blanc. Tu ne vas pas dans les réserves faire du tourisme. On a essayé d’être le plus respectueux possible. Alors oui j’aimerais bien mais je pense que l’urgence pour eux n’est pas là. L’urgence est dans la survie. Et il faut faire attention parce que je ne veux pas que ce soit mal pris, qu’ils aient l’impression que je profite de leur culture. Lorsque j’ai écrit « Blood on the Snow » et amené les textes aux autres membres de Dreamcatcher, Nico le batteur a commencé à amener ses tambours tribaux mais on voulait pas de l’indien de western ou pacotille.

Vous allez défendre cet album sur scène prochainement ?

Geoff : oui c’est prévu. A Paris le 21 octobre déjà.

Vous l’interprétez différemment sur scène ou c’est fidèle à l’enregistrement studio ?

Geoff : on reste assez fidèles à ce qu’on faisait. On a un bon retour d’expérience. C’est vrai qu’il y a eu un changement de line-up qui a nécessité de s’adapter avec tout récemment un nouveau bassiste dont ce sera la première date avec le groupe

L’album sort un vendredi 13, c’est volontaire ?

Chris : Absolument. C’est totalement assumé. On devait sortir l’album courant octobre, septembre c’était un peu short parce que le mixage venait d’être terminé et il fallait assurer la promo. On a regardé le calendrier, vu que le 13 octobre tombait un vendredi et trouvé ça génial. En plus, ça colle avec une partie des thèmes. Pour en revenir à la scène, le seul morceau qu’on va peut-être retravailler et qui a évolué depuis l’enregistrement c’est « Dreamcatcher ».

Geoff : c’est un morceau qu’on a déjà joué sur scène, en test, pour voir un peu la réaction du public, on a eu de très bons retours mais on a fait quelques petites réadaptations dessus.

D’autres dates de concert en dehors de la release party le 21 octobre ?

Chris : On a une date à Paris au Candy Shop (127 rue Saint-Maur à Paris 11e) le 12 novembre avec un groupe anglais qui s’appelle Seven Sisters dont les membres semblent sortis de la fin des années 70, début 80, le 9 décembre on joue au Barde Atomique à Ecquevilly et on est en train de démarcher pour 2018 pour essayer de jouer en dehors de la région parisienne et aller essaimer la bonne parole en province. On a aussi des petites touches pour faire quelques dates à l’étranger.

Le mot de la fin ?

Geoff : au revoir (rires)

Chris : merci à toi !

Merci à Chris et Geoff ainsi qu’à Roger de Replica Promotion pour cet échange.

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