Hommage à Chester Bennington…

Difficile d’être passé outre cette triste nouvelle. Oh, alors bien sûr d’autres icônes, peut-être plus fortes encore que lui ont également décidé d’embrasser ou subi la mort, surtout ces dernières années. Pour autant, nous n’avions pas ou très peu pris l’initiative d’écrire un billet sur eux. Pourquoi lui, donc ?

Il y a quelques jours, Chester Bennington, le leader et chanteur de Linkin Park s’est donné la mort. Alors, nous diriez-vous que nous avions déjà été taquins au sujet des artistes de notre adolescence. C’est simplement parce que l’on peut rire de tout et encore plus avec un bon sens de l’ironie.

En parcourant un peu les humeurs des internautes sur le sujet, une chose revient souvent. « Les gens étaient les premiers se moquer du le fait que Linkin Park soit une tête d’affiche du Hellfest… Ces mêmes personnes se retrouvent à prétendre aimer Chester et lui vouent un culte ! ».

A ceux-là, je réponds que je fais partie de ceux qui ont pu sourire sur la programmation ET qui aiment Linkin Park, les deux ne sont pas incompatibles, à ce que je sache.

Je n’ai jamais écouté Motorhead, je connaissais que très peu l’œuvre de Bowie. De fait, leur mort m’a chagriné mais de manière seulement lointaine, pour l’amour du rock. « Blasphème ! » dirons certains, « le rock’n’roll, c’était Lemmy ! Comment t’as pu passé à côté ?! ». A ceux-là je répondrais juste : « Gnagnagna ».  Je connaissais un peu plus celle de Chris Cornell, surtout son album Euphoria Morning, simplement sublime. Ajouté à cela qu’il s’agisse aussi d’un suicide, ma peine était d’autant plus différente qu’elle était plus forte que pour les autres.

Chester, je réalise un peu plus que je me sentais encore plus proche de lui, du moins à la manière dont on peut se faire une image d’un artiste. Ce gars-là aurait pu être un grand cousin, le gars un peu plus âgé qui te fait découvrir un peu la vie, quand t’es gamin.

Aujourd’hui, je fais partie de ceux qui ont été initiés au metal avec, entre autres, Hybrid Theory et Meteroa. J’ai continué à écouter Linkin Park et ce, jusqu’à l’album Living Things. Par plaisir jusqu’à Thousand Suns et ensuite par curiosité, pour voir ce qu’ils devenaient en quelques sortes. Même si mes goûts ont forcément évolué jusqu’alors, lancer une petite compil de quelques titres efficaces du groupe pendant un footing me plaisait, même écouter un titre ou deux de temps en temps. Ce que j’aimais, c’était la transition bien comprise entre chaque album, glissant du neo-metal vers un style pop-rock que l’on connaît tous. Sur chaque galette on pouvait déceler les prémices de ce qui allait être pondu après : « Breaking The Habit » sur Meteora annonçait la couleurs de Minutes to Midnight, tandis que sur ce dernier, « Shadow Of The Day » ou « Bleed It Out » laissaient entrevoir le visage de Thousand Suns, et ainsi de suite.

En soit, ce sont quelque part des prises de risque que bien d’autres contemporains n’auront pas au l’audace, ni les capacités techniques de faire.

Une évolution transparente, peut-être commerciale (ou même sûrement) qui fait que Linkin Park a su exister pendant plus de 20 ans (!) et se décloisonner de son style, objectivement avec autant de mérite que de succès. Passant des ondes de Europe 2 (eh oui, tu l’avais oubliée celle-là, hein ?) à RTL2, la bande à Chester continuait à accompagner les kids que nous étions, de près ou de loin à mesure que nous entrions dans l’âge « adulescent » et/ou adulte (on n’est pas tous logés à la même enseigne).

Au-delà de ça, « malgré » les facettes teenage du groupe, Chester était simplement un putain de chanteur, qui maitrisait grave et qui en aura sûrement inspiré plus d’un, et poussé la reconnaissance d’autres, dont la mienne.

Bref, si de toute manière la liberté d’expression, mais surtout les goûts de chacun faisaient que leur dernier album en date pouvait faire rire certains, ou d’autres grogner (l’auto-tune… mais whaaaaaaat ???), ce n’est pas sans tristes émotions que nous avions appris la mort de Chester. Ce geste qui choquera toujours, certains le pleurent, d’autres critiquent, parfois sans honte et surtout sans Bescherelle. Perso, je ne suis rien ni personne pour dénoncer quoi que ce soit là-dessus. Ça nous regarde pas, et on ne peut pas comprendre parfaitement. La vie de Chester a commencé à être dégueulasse à peine quelques temps après avoir appris à lire. La musique était son refuge, mais peut-être pas assez solide pour y foutre ses blessures. L’équation « Succès moins Traumatismes » n’est pas aussi simple, l’un devait surement amplifier l’autre.

Chester, merci pour ton passage. Puisses-tu avoir enfin trouvé la paix, à ta manière.

Ugo :

« Je ne verrais jamais Linkin Park ». Je roule et j’entends soudain la nouvelle à la radio. Chape de plomb. Je ne réalise pas tout de suite. Après tout, j’avais encore en tête l’incessant débat de la présence du groupe au Hellfest et de sa prestation. Oh, ce grand débat, je l’ai embrassé à la sortie du collège, quand je faisais parti de la meute stupide qui écoutait le « true metal » et regardait un peu de haut ces fans de « néo metal ». Finalement, je m’étais rapidement ouvert à bien d’autres groupes, incluant le néo metal, mais aussi le hip-hop, le classique, le blues, le jazz et finalement une infinité de musiciens qui font la richesse de cet art. Linkin Park, il est vrai, restait un peu à part, caché dans la boîte « de la honte » et je m’étais refusé pendant longtemps à y jeter une oreille (on est très con, parfois). Et puis, au détour d’un CD et de quelques vidéos, je m’étais pris d’affection pour le groupe. Certes, la musique est très easy listening, relativement calibrée avec des formats courts. Et puis ? Elle est plaisante à l’écoute, je me suis déjà retrouvé aussi à fredonner In the End chez moi ou dans une caisse, au beau milieu de la nuit. Photographe de concert et avant tout amoureux de musique, je m’étais dit qu’un jour ou l’autre, ma route croiserait celle de la bande à Chester, qu’on verrait ce qu’on verrait, mais qu’à n’en pas donner, on m’entendrait brailler sur 2-3 chansons tout de même, sans être pour autant devenu un grand fan de la formation. Malheureusement, je n’aurais pas l’occasion de reconnaître à LP toutes les qualités que ces gus méritent. Je continuerais à me réécouter les live avec Jay Z, leurs prestations de 2017 et à défendre leur positionnement qui restera relativement unique, dans l’évolution de différents courants musicaux. Certains sont entrés dans le metal avec LP, d’autres dans le hip-hop, ce qu’on leur reprochait beaucoup au début. Moi, j’ai exploré une nouvelle facette de ma petite encyclopédie musicale. Surtout, je constate avec tristesse la détresse d’une personne encore bien jeune, une petite quarantaine à peine, dont la fin au bout d’une corde laisse une forte amertume au fond de la gorge.

C’est marrant que JM ai choisi le morceau « Crawling », je pensais justement à l’intro acoustique de cette chanson filmée au Southside festival en Allemagne le 25 juin dernier. Voir le sourire de Chester devant toutes ces mains tendues, tout cet amour du fan pour son groupe… alors je pense bien à eux, tous ces dingues de LP, à l’entourage de ce mec que je ne connais pas. Mais les sentiments sont humains et ceux-là je les partage…en me repassant encore quelques morceaux avec cette voix poignante et puissante de l’ami Chester. Bon vent…

Quoiqu’il en soit, nous adressons au groupe, à la famille et aux proches de Chester, toutes nos condoléances.

Erwan :

Lors d’un voyage à Lisbonne, jeune adolescent vivant ses premiers amours de metal, j’entrais chez un disquaire pour ramener en souvenir un album d’un groupe portugais. Peu importe lequel, je n’en connaissais aucun, et il s’agissait plutôt d’épater la cour du lycée en rapportant les sonorités d’un groupe inconnu. Je reparti avec « Hybrid Theory » de Linkin Park dans ma besace… Dans un anglais approximatif, bien meilleur que le mien, le vendeur avait insisté pour que j’achète cet album plutôt qu’un autre. Ce moment reste un des souvenirs favoris de mon adolescence. C’est encore en voyage, cette fois-ci en plein désert Georgien, que j’apprends le décès de Chester. Je n’aurais pas eu l’occasion de te rencontrer, mais je te souhaite bonne route !

Benoît :

Chester Bennington s’en est allé, et avec lui une partie de mon adolescence.

Je ne peux m’empêcher de penser que le récent One More Light a peut-être été incompris, victime d’une critique expéditive. Un jugement rapide, sans appel, terriblement fréquent à l’heure de la toute puissance des réseaux sociaux. La disparition tragique et prématurée de Chester permettra certainement d’aborder le disque avec une oreille nouvelle.

Je dois pourtant bien l’avouer, One More Light ne m’a pas emballé. Du moins, pas encore. Il reste cependant le fruit d’un groupe passionné, mené par un binôme Shinoda / Bennington qui n’a jamais craint de se mettre en danger, d’expérimenter, d’explorer plus loin que le registre néo-metal dans lequel ils ont pourtant excellé à leurs débuts. Une ligne de conduite qui s’est très rapidement dessinée pour le groupe, démarche courageuse qui a amené le sextet à quelques résultats hasardeux mais aussi à de belles réussites. S’il a déstabilisé leur public, A Thousand Suns reste particulièrement significatif de cette volonté de briser les frontières. Un disque curieux, presque inédit en son genre. Un album culotté et passionnant.

Mais comme beaucoup, c’est bien Hybrid Theory qui a rythmé mon adolescence. A l’époque du CD gravé et des vrais échanges humains, l’album avait bénéficié d’un bouche à oreille incroyable et amplement mérité. Je n’ai pas honte de dire que le disque m’a aidé à appréhender ma vie de jeune adulte, à surmonter les moments difficiles relatifs à cette période riche en découvertes et en questionnements.

Au fond, j’aimerais que chaque ado puisse trouver autant de plaisir et de réconfort dans un disque que j’ai pu en trouver en Hybrid Theory.

J’espère que mon fils trouvera son Linkin Park lorsque sera venu le temps pour lui de passer ce même cap.

Merci à Linkin Park.
Rest in peace Chester Bennington.

Jean-Marie Carrée

Be confortable, Creature.

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